Une des questions posées par l’étude des maitres de forges de l’est des Pyrénées est la complexité de la définition de cette catégorie d’acteurs, qu’on les considère en tant qu’individus ou en tant que groupe. Derrière le terme générique de Maitre de forges, une typologie rapidement esquissée parait pouvoir réunir plusieurs sous-groupes différents, comme les aristocrates propriétaires de forges et de forêts, les fermiers de forges qui les exploitent plus directement, les techniciens qui proviennent du monde des fabricants à proprement parler et dont certains finissent par gérer l’ensemble de la forge ou encore, de gros exploitants ruraux qui outre les forges gèrent aussi des domaines comprenant des activités agro pastorales et de l’exploitation forestière. L’évolution entre la fin du XVIIIe siècle et la fin du XIXe siècle voit-elle s’affirmer certaines catégories et disparaitre d’autres ? Passe-t-on dans cette zone de montagne considérée peut-être comme une « marge » de l’industrie, à une forme « nouvelle » d’entrepreneuriat ? Le groupe reste-t-il au contraire marqué par les inerties liées aux contraintes des espaces de montagne et du système technique de la sidérurgie directe ?
Dans ce questionnement, la notion d’entrepreneur à appliquer à ces acteurs est un des points intéressants à discuter. Selon l’historien Patrick Verley, de nombreux acteurs agissant dans le domaine de la production ne peuvent pas à proprement parler être nommés entrepreneurs si, selon lui, ils ne réunissent pas un ensemble de compétences ou de capacités, qui émergeraient à la fin du XVIIIe siècle, à savoir : la compréhension précise des processus de production et des techniques mobilisées, la maitrise des flux d’approvisionnements et des circuits de distribution et de commercialisation, la direction de la main d’œuvre et les outils de financement disponibles de son activité[1].
Les rapports et autres documents réalisés par les ingénieurs des mines au tournant des XVIIIe et XIXe siècles sont un des éléments à intégrer au dossier dans la mesure où ceux-ci décrivent les activités liées aux mines et les acteurs impliqués dans la sidérurgie ! Ces rapports sont extrêmement précieux pour documenter ces activités et constituent une source fondamentale de l’histoire économique et sociale de cette activité en France. Voici présentée ici une lettre de l’ingénieur des mines Mathieu au Conseil des mines, daté du 1er fructidor de l’an IV (18 août 1796), pendant le Directoire.
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