Jean-Pierre Jessenne est un historien ruraliste français de renom, spécialiste de la période révolutionnaire. Actuellement membre du groupe de recherche CNRS IRHIS (Institut de Recherches Historiques du Septentrion), il a mené une carrière académique prolifique, marquée par ses travaux sur l’histoire des campagnes françaises du XVIIIe au XXIe siècle. Ses recherches se distinguent par une approche novatrice au-delà les périodisations traditionnelles, et offrent une perspective de longue durée sur les transformations du monde rural. Professeur émérite des universités de Rouen et de Lille, Jessenne a également été membre du comité de rédaction de la Revue d’histoire moderne et contemporaine. Il a ainsi activement contribué au renouvellement historiographique dans son domaine.
Le travail de l’auteur s’inscrit dans une démarche novatrice visant à étudier la ruralité française sur le temps long, et dépasse les divisions traditionnelles entre histoire moderne et contemporaine. Cette approche permet d’analyser l’évolution des campagnes françaises du XVIIIe au XXIe siècle de manière continue et cohérente. L’auteur se propose de questionner la ruralité française en distinguant les mythes des « données confirmées par la recherche ». Cette démarche globale vise à déconstruire les idées reçues et les stéréotypes qui ont longtemps dominé la perception des campagnes. Il cherche à dépasser les modèles de pensée basés sur l’opposition simpliste entre ville et campagne. Il remet en question la notion de solidarité villageoise supposée, invitant à envisager la complexité et la variété des situations rurales. Cette approche permet de mieux comprendre les dynamiques sociales, économiques et culturelles qui ont façonné les espaces ruraux français au fil des siècles, avec une perspective plus nuancée et hors caricatures de la ruralité.
Fabrice Boudjaaba est un historien moderniste français, actuellement directeur de recherches au CNRS affecté au Centre de Recherches Historiques (CRH) depuis 2012. Ses travaux de recherche se concentrent principalement sur l’histoire des familles, la reproduction sociale, et les dynamiques économiques en milieu rural du XVIIIe au XXe siècle. L’auteur s’est particulièrement intéressé aux questions de transmission patrimoniale, d’alliances familiales, et de marchés fonciers dans la France préindustrielle. Son expertise dans ces domaines fait de lui une figure importante de l’historiographie contemporaine des sociétés rurales françaises.
L’ouvrage dirigé par Fabrice Boudjaaba s’inscrit dans un contexte de renouvellement historiographique significatif de l’histoire rurale et de l’histoire sociale. Ce renouveau se caractérise par un déplacement de l’attention des groupes sociaux vers les choix et trajectoires individuels, intégrant ainsi les apports de la microhistoire. Cette évolution méthodologique s’accompagne d’une influence croissante de la sociologie rurale sur les travaux historiques. Pendant une période, les paysans avaient suscité un certain désintérêt de la part des chercheurs, qui les considéraient comme un groupe social en voie de normalisation. Cependant, cette perception négligeait la spécificité des rapports entre l’individu et le groupe en milieu rural. L’ouvrage vient combler cette lacune en proposant une analyse approfondie du travail familial en milieu rural, un sujet qui gagne en importance dans la recherche historique contemporaine. Cette approche s’inscrit dans une tendance plus large de l’historiographie française, qui vise à revisiter l’histoire des sociétés rurales avec un regard neuf, comme en témoigne le récent numéro thématique de la revue Le Mouvement social dirigé par Gérard Béaur.[1] Ainsi, le travail de Fabrice Boudjaaba et de ses collaborateurs contribue à une histoire rurale française dynamique, internationale et interdisciplinaire, qui s’efforce de dépasser les clichés anciens sur la ruralité tout en restant attentive aux spécificités des sociétés rurales.